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Nom du blog :
naimananda
Description du blog :
Le parcours de Naïma, et plus particulièrement à partir de la CRS en Thaïlande le 15 janvier 2007
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
20.12.2006
Dernière mise à jour :
21.06.2007
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Recto verso

Posté le 12.02.2007 par naimananda
Le Dr Chettawut et sa patiente

Bangkok, le 5 février 2007

Recto : Bon pour un nouveau départ…

Aujourd’hui, un peu avant midi, dernier contrôle. L’œil vif, le médecin examine cha-que repli, hoche la tête de satisfaction avant de me dire dans un grand sourire :
« Tout va bien ! »
Puis, à l’aide d’un miroir, il me guide dans la visite des reliefs de ma nouvelle anato-mie… Dans quelques semaines, lorsque la cinquantaine de points restant sera tom-bée, cela sera vraiment beau. Un chef d’œuvre que la résolution de cet incroyable jeu de puzzle auquel le chirurgien s’est confronté. Cela amène quelques questions, qui restent sans réponses du fait de la barrière de la langue, notamment : « Comment le chirurgien fait-il pour créer cette cavité vaginale et comment la fixe-t-il aux tissus avoisinants ? »
« Comment les tissus prélevés au niveau scrotal parviennent-ils à se transformer en muqueuse vaginale ? »

La visite se termine par l’examen des seins, qui sont d’une remarquable souplesse. Le médecin m’en félicite, attribuant l’excellence du résultat à ma pratique très rigou-reuse des massages recommandés. Je n’essaie pas de le détromper, je n’ai pas été plus rigoureuse que Stéphanie, mais j’ai pris des compléments alimentaires anti-inflammatoires et surtout, j’ai dormi sur le ventre du fait que je ne sais dormir autre-ment…


Verso : Aïe, aïe, aïe…

Depuis quelques jours, je ressens des douleurs au niveau de la zone opérée. Soit en salves (comme des éclairs successifs dans une zone circonscrite) soit comme un fond douloureux au niveau d’un point précis.
J’ai interrogé le chirurgien à ce sujet : C’est le « réveil » des nerfs touchés au cours de l’intervention qui en est responsable.
Il a été étonné que les antalgiques qu’il prescrit habituellement soient inefficaces chez moi. J’obtins qu’il m’en donne d’autres.
A suivre…




--

Pour Noël C. URGENT

Posté le 07.02.2007 par naimananda
Bonjour Noël C.

Je ne parviens pas à vous faire passer ma réponse sur votre mail… Pouvez-vous me faire passer soit une autre adresse e-mail ou un n° de téléphone. Comme je rentre en France demain, je pourrai alors vous joindre pendant le week-end.

Bien à vous.

Naïma

Petits miracles

Posté le 01.02.2007 par naimananda
Hier matin à neuf heures et demie précises, le chauffeur de notre chirurgien est venu nous chercher à l’hôtel, Stéphanie pour l’emmener à l’aéroport, moi pour subir une petite correction chirurgicale au niveau des lèvres.
Sur le trottoir, devant l’entrée de la clinique, ce fut un moment d’émotions intenses que la séparation entre nous, nous qui étions l’une pour l’autre deux inconnues, il y a encore trois semaines, nous qui maintenant étions devenues deux amies proches, nous qui en si peu de temps avons tant partagé, qui en si peu temps, nous sommes tant soutenues mutuellement, physiquement, moralement. Les 30 ans qui nous séparent ne nous ont pas éloignées l’une de l’autre mais rapprochées, moi appréciant sa jeunesse, son innocence, elle écoutant mon expérience.
Il lui arrivait même de me dire avec un grand sourire plein de grâce :
« J’ai été opérée deux jours avant toi, je suis donc ta sœur aînée, tu me dois le respect ! »
Et je trouvais cela merveilleux…
Un miracle de la vie.

Moins d’une heure plus tard, j’étais installée sur la table d’opération en position gynécologique. Bien que je ne puisse rien voir pendant l’heure et quart que dura l’intervention sous anesthésie locale, je fus cependant consciente de la cohésion qui existait entre le médecin et ses infirmiers de bloc, Sri (la femme) et June (l’homme). Tout dans la tranquillité, dans la douceur d’une lenteur voulue, dans l’écoute de mes besoins (j’avais fini par avoir mal au bas du dos !)…
Puis, quand le masque et les draps furent retirés et qu’alors le médecin, me tendit dans un grand sourire un miroir pour contempler son travail, je reçus comme l’un des plus beaux cadeaux qui puissent être, son plaisir évident à me partager sa satisfaction d’avoir donné le meilleur de lui-même. Et ce que je vis non seulement me remplit, mais me combla. Je lui pris les mains, les serrais et pleurais de gratitude tout en balbutiant quelques mots de remerciements.

Dans quelques semaines, il n’y aura plus aucune différence au niveau visuel entre une femme née femme et moi, devenue femme après des années d’errance dans un corps d’homme.

Pour le meilleur et pour le pire…

Posté le 28.01.2007 par naimananda




Qu’un couple se forme, qu’il le soit par voie officielle (mairie) ou non (union libre), il se soumet consciemment ou non, à cette célèbre injonction :
« Maintenant, vous êtes liés par les liens sacrés du mariage, pour le meilleur et pour le pire… »

Mon propos ne se veut pas provocateur mais réaliste… Tristement réaliste. Si le mot mariage vous indispose, remplacez-le par « union librement choisie ».


Lorsqu’une femme et un homme décident de vivre ensemble, qu’est-ce qui les poussent à le faire ?
Sur quelles croyances fondent-ils leur confiance (plus ou moins grande certes) sur l’avenir de leur union ?

C’est à cela que j’ai été amenée à réfléchir au fil des trois dernières années de ma vie conjugale, tant j’ai vu changer les paramètres qui avaient présidé à notre vie en couple puis à notre mariage… Sans pour cela que l’intensité des sentiments réciproques en soit affectée.

Quand soudain sur le fleuve tranquille que nous nous étions imaginé que serait notre vie commune, l’un ou l’autre des partenaires identifie puis exprime un besoin qu’il avait jusqu’ici délaissé, voire renié, que se passe-t-il au sein de la relation affective ?
C’est une situation que tout connaît à un moment ou un autre, déterminée souvent par les phénomènes extérieurs, mais parfois par une simple prise de conscience.
Quelques exemples :
1. Une femme quand elle a fini d’élever ses enfants, désire souvent trouver un travail ou reprendre ses études. Comment son mari réagit-il à cette demande légitime ?
2. Quand une femme qui n’aime pas un des traits de son visage ou qui désire se faire faire un lifting, exprime ce désir à son compagnon, comment celui-ci l’accepte-t-il ?
3. Quand un homme, las de faire un métier rémunérateur qui ne l’intéresse pas, décide de se mettre au vert et de vivre à un rythme moins effréné, comment son épouse réagit à la baisse de revenus que cela implique ?
Toutes situations capables de remettre en cause la pérennité du couple, que celui-ci soit un mariage ou une union libre.

Vouloir « soudainement » changer de sexe n’est en fait que l’expression extrême, « caricaturale », de ce défi qui est fait au couple quant à la solidité de son lien, quant à la sincérité et à la profondeur des sentiments jusque-là affichés…


Qu’est-ce qui fait donc que soudainement le couple soit ébranlé quand un de ses membres vient exprimer à son partenaire un besoin légitime ? Un désir sincère ?

Quand je me réfère à mes relations affectives successives, j’y trouve un point commun… A chaque fois que j’ai décidé de me mettre en couple (trois fois dont deux scellées par les liens du mariage), une partie de moi a cru que le bien-être que je vivais alors avec cette personne allait durer le reste de ma vie… « Cette fois, c’est la bonne ! » Et, au pire, si une épreuve arrivait - la maladie, un accident (pas trop grave) - je croyais disposer en moi de toutes les forces nécessaires pour la surmonter facilement !...
En fiction et réalité, il y a parfois un gouffre ! Et la réalité dépasse souvent la fiction.

Quand il y a un peu plus de trois ans, ma femme actuelle m’a exprimé son désir de se faire souligner les lèvres de façon indélébile, j’ai été soudainement confrontée à des émotions, des pensées qui m’ont surprise mais qui existaient bien en moi… Je ne voulais pas qu’elle change de visage, je me suis sentie trahie alors qu’elle attendait que je la soutienne dans sa démarche…
J’ai appris là beaucoup sur moi, combien je pouvais empêcher l’autre de vivre ses envies (que ce soit ses désirs futiles, ses besoins essentiels ou ses aspirations profondes) par mon désir que tout soit comme toujours cela avait été. Je rêvais d’un monde immobile, immuable, pétrifié. J’empêchais ma compagne de vivre librement, je l’enfermais dans la prison de mes illusions.

Cela au même moment que je commençais à exprimer de plus en plus clairement mon désir de changement de sexe…
Je me suis aussitôt demandé comment au fond d’elle-même, ma femme réagissait… Malgré de nombreuses conversations sur le sujet, je ne sais aujourd’hui répondre de façon certaine…

Avide d’une réponse, j’observais dans le même temps des couples que je savais engagés dans cette même épreuve de vérité. Et découvrais que ces couples autant que le mien, étaient prisonniers d’une alternative qui ne proposait que des choix insatisfaisants :
« Ou bien je satisfais mon envie (désir, besoin, aspiration) et c’est la fin de ma relation avec mon partenaire, ou bien je privilégie ma relation avec lui mais je sais qu’en ne satisfaisant pas mon envie, je vais nourrir en moi un sentiment de frustration qui peut me conduire à la dépression, à la maladie voire la mort elle-même… »

Je trouvais cela injuste. Je ne pouvais me résoudre à croire que la vie, dans sa générosité si évidente tout autour de moi, puisse sur ce point être si limitative.
Me vint alors l’idée que cette façon de considérer les choses était la façon ordinaire de les appréhender. Ne dit-on pas souvent, sans en saisir la force contraignante des mots :
« On ne peut pas tout avoir ! »

Et soudain, je vis où était la confusion.
S’il est vrai que toute chose a un prix, ce prix n’est pas toujours celui que notre fatalisme veut bien lui attribuer !...

Et si, en place et lieu du « Choix du Diable » (C’est ainsi que je nomme désormais la façon ordinaire de considérer les choses), je recherchais à atteindre ce que je pourrais appeler le « Choix de Dieu » (ou « Choix de la Vie » selon vos croyances) et qui pourrait s’énoncer comme suit :
« Et j’écoute mes besoins profonds et je fais tout pour conserver et même conforter le lien affectif auquel je tiens au moins autant… en souhaitant donner l’envie à ma/mon partenaire de découvrir ensemble de nouveaux horizons, libérés des souffrances ordinaires… »
Dès cet instant, j’ai beaucoup réfléchi à ce qu’impliquait cette voie hors de l’ordinaire car je crois que c’est la seule qui soit capable de préserver, et la satisfaction des besoins des individus, et la satisfaction des besoins du couple.
Cette solution engage évidemment les deux partenaires. Elle les oblige à avoir pour projet commun de changer leur regard sur l’autre, à quitter leurs exigences envers lui et à ne plus vouloir que son bonheur.

Reste toujours une inconnue : Quand l’un des membres est prêt à une telle mutation de son couple (Choix de la Vie), son autre membre en comprendra-t-il l’urgence ou restera-t-il piégé par la façon ordinaire de considérer les choses (Choix du Diable) ?
De la qualité de cette réponse dépend bien évidemment l’avenir de la relation…









Un petit retour en arrière

Posté le 27.01.2007 par naimananda
Ici, les orchidées poussent comme les primevères en Europe


Chaque jour depuis que j’ai été opérée, me revient à l’esprit ce moment très particulier qui a précédé l’intervention.

« Il est onze heures du matin. L’aide-soignante vient m’aider à faire ma toilette, puis procède au rasage des aisselles, des seins, puis de la région sexuelle. Je sais que c’est la dernière fois que je suis en contact avec ma verge et mes bourses, je ne ressens aucune gêne à cela, je remercie la vie de m’avoir épargné lorsque j’ai tenté à 15 ans de m’émasculer. Je m’en étais alors sortie avec une simple fracture de verge et un hématome impressionnant… Le chirurgien va pouvoir ainsi disposer de suffisamment de tissus sains et n’aura donc pas besoin de procéder à des greffes.
Puis, pendant tout le temps qu’il me faut encore attendre avant qu’on vienne me chercher pour m’emmener à la salle d’opération un profond silence intérieur m’habite, je savoure chaque seconde qui me rapproche de ma véritable naissance. En même temps, je suis fière d’avoir su trouver en moi la force nécessaire pour franchir tous les obstacles que le chemin comportait, et plus particulièrement pour vaincre toutes les résistances qui existaient encore en moi… Il m’arrive bien évidemment de penser à ma femme et d’évoquer le fait que l’opération signera de façon définitive la fin de notre relation, mais je reste parfaitement calme, acceptant à cet instant le prix de ma transformation. »


Je me souviens combien alors j’ai été présente, combien je me suis rappelée à moi-même afin de graver chacun de ces petits instants qui, dans leur continuité, réalisaient pour moi un véritable rituel initiatique afin de me préparer à pénétrer mon prochain espace de vie.
Aussi, quand chaque jour, ces instants magiques me reviennent en mémoire, souvent de façon involontaire, je suis à nouveau remplie de ce sentiment de paix intérieure, je ne doute pas d’avoir fait le meilleur choix qui fût et m’affranchis chaque fois un peu plus d’un reste de culpabilité envers ma femme.


Une nouvelle discipline de vie pour... la vie ?

Posté le 26.01.2007 par naimananda






Jeudi 25 janvier 2007


Il est difficile d’imaginer de chez soi, avant de venir ici, quelle épreuve c’est de prendre soin de soi après une telle intervention. J’avais pourtant lu attentivement les témoignages de mes amies qui m’ont précédée, mais les mots ne parviendront jamais à transmettre la profondeur d’une telle expérience.

Se dilater deux fois par jour (40 minutes à chaque fois actuellement), se masser les seins trois fois (à raison de 20 minutes chaque fois), garder la chambre afin de se reposer, tout cela paraît un programme bien léger, fait pour des princesses.
Stéphanie et moi, n’aurions jamais imaginé l’énergie que cela demande, nous sommes réellement fatiguées le soir. Cela a au moins, un avantage, celui de nous préparer au sommeil.
Alors, pour toutes les futures candidates, si elles veulent voir quelque chose de Bangkok, qu’elles prévoient suffisamment de temps avant leur(s) intervention(s), parce qu’après, ce ne sera plus possible : Les conseils de prudence souvent répétés avant le départ par Dannie et ici, par toute l’équipe médicale, s’imposent d’eux-mêmes…

Nous avons cependant tout le temps de penser, de rêver et de nous soutenir quand l’une de nous deux s’égare sur les sentiers de l’inquiétude et des considérations par rapport au prix qu’il nous a fallu payer pour avoir la possibilité d’être enfin nous-mêmes. Nous nous sommes connues par l’intermédiaire du site Internet auquel je participe en tant que conseil médical… Une belle rencontre, le début probable d’une profonde amitié malgré notre différence d’âge de 30 ans.

°°°
Je suis autorisée depuis deux jours à circuler un peu dans l’hôtel. J’en ai profité bien évidemment pour relever mes courriels… Je ne croyais pas en avoir autant : 104 avant hier, 83 aujourd’hui dont les 4/5 sont des messages personnels, essentiellement de soutien.
Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai réussi à tous les lire. Tant d’attention et d’amour me touche énormément. Je ne pensais pas combien mon aventure pouvait mobiliser tant d’élans du cœur.
Je réalise aussi, tout doucement, par le fait que je suis arrivée au bout de mon rêve, que je suis devenue en quelque sorte un modèle, une personne capable de montrer le chemin qui conduit de l’impossible au possible… En quelque sorte, une nouvelle mission s’offre à moi, celle d’aider à mon toutes celles et tous ceux qui ont des projets « fous » mais combien sincères et profonds.
Je serais heureuse si une telle confiance m’était faite.

°°°
Hier, j’ai accompagné Stéphanie à un examen de contrôle à la clinique du médecin. Un véritable bijou … Tout y est conçu pour fournir toute la sécurité nécessaire et tout le confort imaginable (C’est vraiment luxueux et de très bon goût). Deux chambres au premier étage permettent aux personnes qui viennent de subir de petites interventions de récupérer avant de regagner l’hôtel, un canapé-lit y est également disponible pour la personne accompagnante. De plus, le personnel - depuis le médecin jusqu’à la secrétaire - est prévenant, toujours à demander si tout va bien pour nous, toujours prêt à satisfaire nos besoins.

Quand je considère le coût total que ces deux interventions m’auront coûté, c’est ridiculement peu, vu la qualité et le suivi des soins, vu la générosité en petites fournitures pour les soins, vu le nombre de personnes mobilisées pour être à notre service… Je ne crois pas qu’un endroit de qualité égale existe dans toute l’Europe et toute l’Amérique, du moins à un tel prix…
J’étais convaincue bien avant de me faire opérer, que cette adresse était le meilleur choix au monde. Aujourd’hui, ma conviction repose sur l’expérience et n’en est que plus renforcée…

°°°
Je dois revoir le médecin au cours de la semaine prochaine, le rendez-vous n’est pas encore fixé, j’ai demandé que ce ne soit pas mardi prochain, le temps de faire du shopping avec Stéphanie avant qu’elle ne reparte chez elle.
Il est très probable qu’une petite intervention sous anesthésie locale soit nécessaire afin de raccorder les petites et les grandes lèvres par leurs extrémités inférieures : Le Dr Chettawut est un perfectionniste et un amoureux de la beauté. Je serais alors confinée à la chambre quatre jours supplémentaires…

°°°

Un pari impossible

Posté le 23.01.2007 par naimananda



Une partie de moi n’accepte pas la séparation d’avec ma femme pour qui mes sentiments non seulement ne se sont pas affaiblis, mais se sont encore renforcés. Et ce ne sont pas les kilomètres qui vont bientôt nous séparer qui vont affaiblir l’intensité de mon amour pour elle.
D’autre part, je suis intimement convaincue que les sentiments de ma femme envers moi se sont également intensifiés dans les mêmes proportions…

Effectivement, au cours de ces derniers mois de vie commune, et plus encore lors de nos tous derniers moments ensemble, nous avons toutes deux, sans rien décider en commun, fait en sorte que chacun de ces instants soit précieux.
Une comparaison me venait souvent alors à l’esprit, celle des instants passés auprès d’une personne mourante, ces instants où l’être humain fait enfin la différence entre les choses superficielles et celles qui sont profondes, essentielles, et décide en conséquence, de faire ce qu’il y a à faire instant après instant, afin de ne pas avoir de regrets quand il ne lui sera plus possible de le faire.

A ce point de développement de mon raisonnement, certains ne peuvent s’empêcher de m’interrompre pour me demander :
« Question de cohérence : Pourquoi alors tenir autant à avoir un sexe féminin aussi ressemblant, et surtout aussi performant (du fait de la sensibilité conservée) que celui des femmes biologiques, car c’est bien une des raisons principales qui vous a conduite à faire le choix d’un chirurgien thaïlandais ? »
C’est cette même question que se posent nombre de chirurgiens français.
C’est ignorer un aspect particulier de l’identité trans-identitaire…
Pour moi, comme pour un certain nombre de « MtF » (male to female, homme décidé à devenir femme) que je connais, l’essentiel n’est pas d’accéder à la sexualité de l’autre versant humain, mais d’être au plus près de l’anatomie et de la physiologie féminines, condition sans laquelle le sentiment de se sentir « pleinement femme » ne peut être réellement comblé.

Je suis donc dégagée des pulsions sexuelles et portée par le sentiment d’amour pour celle avec laquelle je vivais depuis dix ans.
Aussi, suis-je déterminée à tout faire pour que notre relation revive sur un autre mode, je n’en sais encore les termes, mais un mode au-delà des repères habituels de ce monde dual…
Aussi me suis-je donné un défi : Parvenir à revivre ensemble sous un même toit. Pari que bon nombre parmi mon entourage ont de suite qualifié d’irréalisable, d’irrationnel, « aveu malgré moi de mon incapacité à faire le deuil »...
Peut-être ont-ils raison, mais je ferai tout pour leur donner tort, non parce que je désire avoir raison à tout prix, mais parce que je considère que l’être humain se résigne souvent trop vite : Combien d’entre nous renoncent à une partie de leurs aspirations en lançant - espérant trouver peut-être en cela une justification à leur décision - cette phrase tant entendue, trop répétée, au point de vouloir en faire une évidence :
« On ne peut pas tout avoir !... »
Je ne crois pas à l’alternative suivante :
« Ou j’obtiens cela, mais je perds ceci ou je décide de garder ceci, mais je sais que jamais je n’aurais cela… »
Véritable choix du diable au cours duquel aucune des propositions n’est pleinement satisfaisante.
Il y a dans cette formulation le refus de se dépasser, de puiser en soi des forces ignorées mais bien présentes sans lesquelles il n’est pas possible de créer de nouvelles conditions de sorte qu’il devienne possible de dire :
« Non seulement j’accède à cela, mais je conserve ceci. »
Ces forces s’appellent désir d’évoluer à un niveau meilleur de soi-même, courage (agir avec le cœur), volonté inébranlable d’atteindre le but fixé.
Aujourd’hui, ces forces m’animent. Aussi suis-je en mesure de croire que l’impossible d’aujourd’hui soit le possible de demain.

Passer de l’ombre à la lumière a toujours un prix…

Posté le 23.01.2007 par naimananda





Une des préoccupations les plus graves de mon entourage à mon sujet est bien cristallisée dans la question suivante :
« Quand IL sera opéré, sera-t-IL réellement mieux ou sera-ce encore pire qu’avant ? »
Il y a dans cette simple petite phrase plusieurs facettes intéressantes à considérer.

Premièrement, il est à noter la difficulté pour certaines personnes proches à accepter la réalité trans-identitaire qui est la mienne bien que je clame celle-ci depuis des années, exactement depuis décembre 1987, date à laquelle j’ai pu enfin mettre un nom sur ce que je vivais intérieurement !...

Deuxièmement, j’y vois la difficulté pour cet entourage d’intégrer la réalité quotidienne de la personne trans-identitaire, sa torture psychologique même aux moments les plus heureux de son existence. Certes, je conçois combien cela est déroutant pour toute personne d’entendre comme réponse à son contentement d’avoir passé une bonne journée avec moi :
« Oh oui, j’ai passé un bon moment avec toi, mais en même temps, je n’arrêtais pas de me dire : « Ah, si j’avais vécu ces mêmes instants en tant que femme, cela aurait été parfait ! »… Excuse-moi, mais je ne pourrai jamais être aussi satisfaite que toi-même, tu peux l’être… »
A ce propos me revient une remarque de mon psychiatre :
« Je ne souhaiterai jamais, même à mon pire ennemi, de vivre la torture que vivent au quotidien les personnes transsexuelles. C’est à mon avis, la pire qui soit… »

Troisièmement, il existe dans cette formulation l’attente d’un miracle à travers la chirurgie comme si celle-ci était capable, à elle seule, de me faire passer de la tristesse à la jubilation, d’un caractère profondément anxieux à une sérénité de tout instant.
Je relève là un comportement infantile chez cet entourage qui oublie que pour toute chose qu’on désire profondément, il y a toujours un prix à payer, un deuil à faire, souvent au niveau relationnel, aussi profonds les sentiments de part et d’autre auraient-ils pu paraître… Un de mes soignants, qui lui aussi avait eu à faire des choix décisifs, avait résumé cette situation de cette phrase cruelle mais combien réaliste :
« Quand on décide d’être soi-même, on laisse obligatoirement des cadavres derrière soi !... »
Non, ce n’est pas parce que je suis opérée, ce n’est pas parce que je me sens enfin en harmonie, que dans le même temps, j’ai réussi à faire le travail de deuil nécessaire et qu’intérieurement, j’ai accepté tous les bouleversements que cela implique dans ma prochaine vie…
N’est-il pas vrai que lorsque plusieurs actions sont à accomplir, il est rarissime qu’elles puissent l’être dans le même temps ?

Y aurait-il des avantages à être transsexuelle ?

Posté le 23.01.2007 par naimananda





Depuis mon plus jeune âge, je souffre de la confusion qui s’installe dans l’esprit des gens dès qu’une amitié entre deux personnes de sexes opposés s’installe. La relation qui était fraîche et pure, était systématiquement taxée de propos ironiques si ce n’est salissant.
Je rêvais de relations asexuées, où les sentiments puissent s’exprimer dans leur pleine puissance, au-delà des limites convenues par la société dans laquelle nous vivons.

Ce questionnement a peut-être trouvé sa réponse au cours du processus de transformation physique que j’ai vécu au cours de ces derniers mois…
En même temps que chaque jour, je trouvais en moi plus en plus de force pour exprimer mes besoins les plus profonds et trouver le courage nécessaire pour faire que ceux-ci soient satisfaits dans les meilleurs délais - ce qui me séparait de plus en plus de ma femme - je ressentais pour celle-ci un sentiment amoureux de plus en plus fort, au-delà du jeu de la sexualité. Et ma compréhension des mécanismes qui nous retiennent prisonniers du jeu de la bipolarité se faisait de plus en plus claire.
C’est comme si peu à peu, je me dégageais de cette gangue, comme une graine finit par rompre la coque qui la contient et prend le risque de développer les capacités contenues en elle jusqu’ici en germes.

°°°

La raison d’être de la sexualité est une des tentatives de la nature de perpétuer certaines de ses espèces au-delà de la mort des individus. C’est la loi biologique. Bien qu’à la différence des autres espèces sexuées, nous ne soyons pas soumis au phénomène saisonnier des chaleurs, il est indéniable que cette loi agit chez nous également, d’une façon qui nous est propre mais que nous n’identifions pas pour ce qu’elle est en réalité… Nous appelons ce mode qui nous est particulier « attirance physique », une force intérieure plus forte que les principes éducatifs et la volonté elle-même : Chaque être humain est irrésistiblement attiré par un type physique bien particulier qu’il sait bien décrire dès qu’il est autorisé à le faire. Si les conditions sont favorables - parfois le temps de quelques dizaines de minutes seulement dans une vie !... - cette union physique aura lieu, suivie parfois de questionnements sur les raisons véritables qui ont présidé à cet événement, car en dehors de l’attirance physique irrésistible de part et d’autre, il n’y avait pas suffisamment d’aspirations communes pour se lancer tant une telle aventure. Un travail de conscience - si celui-ci avait été possible !... - aurait rapidement écarté cette direction soudainement donnée à la vie individuelle car elle ne satisfaisait en aucun point les besoins profonds de l’âme de chacun des partenaires impliqués.

De l’ignorance de cette loi biologique, sont nées les lois humaines, différentes d’une civilisation à l’autre, d’une époque à l’autre. Essai désespéré et vain de notre mental à contenir les excès de cette loi de la nature, car au lieu d’être une source de libération des individus, ces lois les confinent plus encore, les enfermant dans des rôles plus ou moins étriqués au lieu de permettre l’éclosion de ce qu’il y a de meilleur en chacun d’eux.


°°°

Du fait de ne faire ma transformation physique qu’à 58 ans, j’ai vécu une bonne partie de ma vie confinée dans un corps et un rôle qui ne me convenaient pas. J’ai largement eu le temps de porter un jugement sur les limites auxquelles j’étais ainsi contrainte : Celles-ci n’avaient d’autres justifications que biologiques, sociales et religieuses.
En décidant un jour de vivre pleinement en tant que femme, et ce bien avant l’intervention, je savais que les nouvelles limites auxquelles j’allais être contrainte, n’étaient pas plus justifiées que celles que je quittais mais je décidais de les accepter pour vivre le plus en harmonie possible au sein de la civilisation à laquelle je participais. J’avais intégré cette sentence célèbre : « Je vis dans ce monde, mais je ne suis pas de ce monde. » Je cédais donc à la loi de nécessité, j’étais d’accord de m’adapter aux conditions extérieures qui m’étaient imposées mais intérieurement, j’étais profondément décidée à satisfaire désormais et dans le même temps, mes aspirations essentielles, celles de mon âme.





Remisée à la chambre pour une semaine supplémentai

Posté le 23.01.2007 par naimananda




Il fallait désormais que cicatrisation se fasse. Le régime sévère de l’hôpital était remplacé par celui quelque peu plus doux de l’hôtel : C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, il m’a été rappelé de ne pas quitter la chambre avant le vendredi suivant…

Fatiguée comme je l’étais à mon arrivée, je trouvais cela des plus logiques. La façon dont je passais la première nuit renforça mon assentiment : Habituée à dormir sur le ventre, il m’avait été difficile de rester sur le dos et d’accepter la présence d’un coussin entre les jambes afin de conserver un angle d’ouverture suffisant, de sorte qu’à plus de 8 heures du matin, j’acceptais avec grand peine de déjeuner… Peu de temps après, je m’étais rapidement recouchée, décidée à ne rien faire du tout, si ce n’est me reposer, jusqu’à la visite de Nuch, un des trois infirmières qui travaillent au servi ce du Dr Chettawut.

C’est avec elle que j’apprenais le rythme quotidien de ces quelques prochains jours :
Soins infirmiers alternativement par Nuch, Tair ou Sri et espace pour toutes nos questions, massage des seins trois fois par jour pendant une demi-heure chaque fois, pratique de la dilatation vaginale deux fois par jour dont une fois sous son contrôle, puis « totale liberté » pour le reste de la journée dans l’espace confiné de notre chambre d’hôtel…

Lundi, je demandais un soutien-gorge car le plus grand que je possède, un 95C, théoriquement adapté à ma nouvelle taille, épouse mal la rondeur de mes seins. Sri en sortit un d’un de ses sacs, crème bordé de rose - ce ne sont pas mes couleurs préférées !... - appliqua les bonnets à chacun de mes seins avant de me demander de l’agrafer : Non seulement il m’allait bien mais je m’y sentais très confortable.
Une douche et un coup de peigne plus tard, je le renfilais, le recouvrais d’un chemisier fantaisie orange, enfilais un jupon chocolat puis prenais plaisir à déambuler ainsi dans la chambre, de m’appuyer au rebord de la fenêtre et à regarder au dehors quelque temps. Une façon de se projeter vendredi prochain…


°°°

Comme je n’ai pas réussi jusqu’ici à dormir plus de deux à trois heures par nuit, la plus grande de mes activités dans cet « espace de liberté » est donc de me reposer le plus possible pendant la journée…
La seconde… Vous n’avez pas deviné ? Eh bien, puisque vous donnez votre langue au chat, c’est de passer du temps face au miroir à m’habituer à ma nouvelle anatomie intime ou face à la glace de la salle de bains à intégrer ma nouvelle silhouette, allégée de quelques uns des kilos pris sous Androcur et affirmée par l’augmentation significative de la poitrine. En effet, c’est une chose d’attendre la transformation physique, de l’imaginer et c’en est bien une autre que d’intégrer celle-ci dès qu’elle est réalisée car certains détails désirés manquent et d’autres inattendus, heureux ou malheureux, ont fait leur apparition… Ce qui m’impose un sincère travail de deuil de l’image idéalisée de mon « futur » corps, ceci afin d’accepter au plus vite la réalité et d’intégrer mes nouveaux paramètres… Non, à 58 « balais », je n’aurai pas la possibilité de vivre ce que vivent les transsexuelles opérées à un âge bien plus jeune. Non, certains traits masculins ne pourront jamais complètement disparaître, tels que ma carrure d’épaule ou la taille de mes pieds (43)… Pourtant certaines modifications m’étonnent et me procurent beaucoup de plaisir, comme la réduction de la masse musculaire des cuisses et plus encore des bras, comme l’affinement de mes mains qui n’ont plus l’air de paluches mais celui de mains d’une femme de mon âge.



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