Vers une autre vie pleine d inconnu et de joie
Posté le 02.05.2007 par naimananda
Je me languis de la Haute-Savoie, de ses montagnes… et surtout de tous les amis que j’y ai laissés.
J’ai hâte d’y retourner.
Ma nouvelle activité semble bien démarrer. Je fais maintenant du « conseil en médecine nutritionnelle et environnementale »… Toujours sous mon identité masculine. Comme je ne travaille qu’à la maison, ce n’est pas un problème…
J’ai déjà commencé à chercher un appartement. Ce que j’ai visité jusqu’ici était trop petit ou trop sombre, j’attends donc de meilleures propositions. Reste une question : Être transsexuelle (je n’ai pas encore mes nouveaux papiers ! ), cela ne va-t-il pas gêner l’acceptation de mon dossier ?
A suivre.
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Posté le 07.03.2007 par naimananda
Patience, patience…
Les névralgies ne se sont guère apaisées…
Lasse de toujours souffrir malgré la prise de 6 à 8 comprimés d’antalgiques par jour, je les ai arrêtés. Comme je le pensais, cela n’a pas été suivi d’une intensification des douleurs. Les produits sont tout simplement inefficaces chez moi…
Le seul bénéfice que je tire de cette observation est la satisfaction de ne plus saturer mon organisme de ces molécules plus ou moins toxiques, notamment pour le foie.
Les journées sont donc rythmées par celui des douleurs, faibles au réveil, allant crescendo au fil des heures, s’accentuant brutalement aux alentours de l’heure du thé, intenables après le dîner. Je me couche immédiatement après.
Impossible donc d’avoir la moindre vie sociale.
Cela fait maintenant cinq semaines que cela dure : J’expérimente là l’épuisement et le découragement que vivent au quotidien les personnes atteintes de maladies douloureuses et chroniques… Je comprends leur irritabilité, leur désespoir et, lors des coups de blues, leur envie de mourir.
Il m’arrive de penser que, comme celles-ci, je suis peut-être moi aussi condamnée à subir ce supplice de Tantale. Sans répit, sans moment véritable de relâchement complet…
Travailler plus de deux heures de suite à l’ordinateur est inenvisageable. Devoir m’allonger plusieurs fois au cours de la journée, le temps de récupérer un peu, devient une difficile épreuve.
Moi qui rêvais de rechausser mes skis de skating d’ici une quinzaine de jours - ne m’avait-on pas dit que la reprise du sport était possible deux mois après l’opération ? - dois reporter sine die mes projets de bain dans la force revivifiante de la nature…
Patience, patience… saurai-je te dompter ?
Posté le 12.02.2007 par naimananda
Les douleurs sont allées crescendo au point qu’un jour, j’ai pris 6 comprimés de Tramadol dans la journée et ai provoqué la fermeture du sphincter qui commande la vessie : Avoir envie d’uriner et ne pas pouvoir satisfaire ce besoin est un véritable supplice…
J’obtins dès le lendemain d’autres médicaments, aux effets secondaires moins inva-lidants.
Cependant, malgré différentes combinaisons (augmentation de tel médicament, prise jumelée de celui-ci avec cet autre…), les douleurs n’ont pas cédé d’intensité.
Très rapidement, je me suis sentie vidée de mon énergie vitale, car plus le temps passait, moins j’avais de période de répit.
C’est dans ces conditions-là que j’ai effectué le trajet de retour en avion. Heureuse-ment, le certificat que le médecin m’avait délivré en thaï m’a permis d’obtenir un meil-leur confort, deux places au lieu d’une, ainsi pouvais-je me coucher sur le côté ou allonger mes jambes plus facilement.
Depuis, la situation s’améliore lentement, les matinées sont confortables, mais midi arrivé, les douleurs réapparaissent lentement et augmentent jusque dans la soirée. Je me couche donc tôt !
Les douleurs, le décalage horaire (six heures), le passage de la chaleur tropicale à notre froid hivernal, beaucoup d’épreuves en un minimum de temps.
Je pense que dans quelques jours, j’irai mieux et pourrai reprendre peu à peu mes diverses activités.
Posté le 12.02.2007 par naimananda
Le Dr Chettawut et sa patiente
Bangkok, le 5 février 2007
Recto : Bon pour un nouveau départ…
Aujourd’hui, un peu avant midi, dernier contrôle. L’œil vif, le médecin examine cha-que repli, hoche la tête de satisfaction avant de me dire dans un grand sourire :
« Tout va bien ! »
Puis, à l’aide d’un miroir, il me guide dans la visite des reliefs de ma nouvelle anato-mie… Dans quelques semaines, lorsque la cinquantaine de points restant sera tom-bée, cela sera vraiment beau. Un chef d’œuvre que la résolution de cet incroyable jeu de puzzle auquel le chirurgien s’est confronté. Cela amène quelques questions, qui restent sans réponses du fait de la barrière de la langue, notamment : « Comment le chirurgien fait-il pour créer cette cavité vaginale et comment la fixe-t-il aux tissus avoisinants ? »
« Comment les tissus prélevés au niveau scrotal parviennent-ils à se transformer en muqueuse vaginale ? »
La visite se termine par l’examen des seins, qui sont d’une remarquable souplesse. Le médecin m’en félicite, attribuant l’excellence du résultat à ma pratique très rigou-reuse des massages recommandés. Je n’essaie pas de le détromper, je n’ai pas été plus rigoureuse que Stéphanie, mais j’ai pris des compléments alimentaires anti-inflammatoires et surtout, j’ai dormi sur le ventre du fait que je ne sais dormir autre-ment…
Verso : Aïe, aïe, aïe…
Depuis quelques jours, je ressens des douleurs au niveau de la zone opérée. Soit en salves (comme des éclairs successifs dans une zone circonscrite) soit comme un fond douloureux au niveau d’un point précis.
J’ai interrogé le chirurgien à ce sujet : C’est le « réveil » des nerfs touchés au cours de l’intervention qui en est responsable.
Il a été étonné que les antalgiques qu’il prescrit habituellement soient inefficaces chez moi. J’obtins qu’il m’en donne d’autres.
A suivre…
Posté le 01.02.2007 par naimananda
Hier matin à neuf heures et demie précises, le chauffeur de notre chirurgien est venu nous chercher à l’hôtel, Stéphanie pour l’emmener à l’aéroport, moi pour subir une petite correction chirurgicale au niveau des lèvres.
Sur le trottoir, devant l’entrée de la clinique, ce fut un moment d’émotions intenses que la séparation entre nous, nous qui étions l’une pour l’autre deux inconnues, il y a encore trois semaines, nous qui maintenant étions devenues deux amies proches, nous qui en si peu de temps avons tant partagé, qui en si peu temps, nous sommes tant soutenues mutuellement, physiquement, moralement. Les 30 ans qui nous séparent ne nous ont pas éloignées l’une de l’autre mais rapprochées, moi appréciant sa jeunesse, son innocence, elle écoutant mon expérience.
Il lui arrivait même de me dire avec un grand sourire plein de grâce :
« J’ai été opérée deux jours avant toi, je suis donc ta sœur aînée, tu me dois le respect ! »
Et je trouvais cela merveilleux…
Un miracle de la vie.
Moins d’une heure plus tard, j’étais installée sur la table d’opération en position gynécologique. Bien que je ne puisse rien voir pendant l’heure et quart que dura l’intervention sous anesthésie locale, je fus cependant consciente de la cohésion qui existait entre le médecin et ses infirmiers de bloc, Sri (la femme) et June (l’homme). Tout dans la tranquillité, dans la douceur d’une lenteur voulue, dans l’écoute de mes besoins (j’avais fini par avoir mal au bas du dos !)…
Puis, quand le masque et les draps furent retirés et qu’alors le médecin, me tendit dans un grand sourire un miroir pour contempler son travail, je reçus comme l’un des plus beaux cadeaux qui puissent être, son plaisir évident à me partager sa satisfaction d’avoir donné le meilleur de lui-même. Et ce que je vis non seulement me remplit, mais me combla. Je lui pris les mains, les serrais et pleurais de gratitude tout en balbutiant quelques mots de remerciements.
Dans quelques semaines, il n’y aura plus aucune différence au niveau visuel entre une femme née femme et moi, devenue femme après des années d’errance dans un corps d’homme.
Posté le 27.01.2007 par naimananda
Ici, les orchidées poussent comme les primevères en Europe
Chaque jour depuis que j’ai été opérée, me revient à l’esprit ce moment très particulier qui a précédé l’intervention.
« Il est onze heures du matin. L’aide-soignante vient m’aider à faire ma toilette, puis procède au rasage des aisselles, des seins, puis de la région sexuelle. Je sais que c’est la dernière fois que je suis en contact avec ma verge et mes bourses, je ne ressens aucune gêne à cela, je remercie la vie de m’avoir épargné lorsque j’ai tenté à 15 ans de m’émasculer. Je m’en étais alors sortie avec une simple fracture de verge et un hématome impressionnant… Le chirurgien va pouvoir ainsi disposer de suffisamment de tissus sains et n’aura donc pas besoin de procéder à des greffes.
Puis, pendant tout le temps qu’il me faut encore attendre avant qu’on vienne me chercher pour m’emmener à la salle d’opération un profond silence intérieur m’habite, je savoure chaque seconde qui me rapproche de ma véritable naissance. En même temps, je suis fière d’avoir su trouver en moi la force nécessaire pour franchir tous les obstacles que le chemin comportait, et plus particulièrement pour vaincre toutes les résistances qui existaient encore en moi… Il m’arrive bien évidemment de penser à ma femme et d’évoquer le fait que l’opération signera de façon définitive la fin de notre relation, mais je reste parfaitement calme, acceptant à cet instant le prix de ma transformation. »
Je me souviens combien alors j’ai été présente, combien je me suis rappelée à moi-même afin de graver chacun de ces petits instants qui, dans leur continuité, réalisaient pour moi un véritable rituel initiatique afin de me préparer à pénétrer mon prochain espace de vie.
Aussi, quand chaque jour, ces instants magiques me reviennent en mémoire, souvent de façon involontaire, je suis à nouveau remplie de ce sentiment de paix intérieure, je ne doute pas d’avoir fait le meilleur choix qui fût et m’affranchis chaque fois un peu plus d’un reste de culpabilité envers ma femme.
Posté le 26.01.2007 par naimananda
Jeudi 25 janvier 2007
Il est difficile d’imaginer de chez soi, avant de venir ici, quelle épreuve c’est de prendre soin de soi après une telle intervention. J’avais pourtant lu attentivement les témoignages de mes amies qui m’ont précédée, mais les mots ne parviendront jamais à transmettre la profondeur d’une telle expérience.
Se dilater deux fois par jour (40 minutes à chaque fois actuellement), se masser les seins trois fois (à raison de 20 minutes chaque fois), garder la chambre afin de se reposer, tout cela paraît un programme bien léger, fait pour des princesses.
Stéphanie et moi, n’aurions jamais imaginé l’énergie que cela demande, nous sommes réellement fatiguées le soir. Cela a au moins, un avantage, celui de nous préparer au sommeil.
Alors, pour toutes les futures candidates, si elles veulent voir quelque chose de Bangkok, qu’elles prévoient suffisamment de temps avant leur(s) intervention(s), parce qu’après, ce ne sera plus possible : Les conseils de prudence souvent répétés avant le départ par Dannie et ici, par toute l’équipe médicale, s’imposent d’eux-mêmes…
Nous avons cependant tout le temps de penser, de rêver et de nous soutenir quand l’une de nous deux s’égare sur les sentiers de l’inquiétude et des considérations par rapport au prix qu’il nous a fallu payer pour avoir la possibilité d’être enfin nous-mêmes. Nous nous sommes connues par l’intermédiaire du site Internet auquel je participe en tant que conseil médical… Une belle rencontre, le début probable d’une profonde amitié malgré notre différence d’âge de 30 ans.
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Je suis autorisée depuis deux jours à circuler un peu dans l’hôtel. J’en ai profité bien évidemment pour relever mes courriels… Je ne croyais pas en avoir autant : 104 avant hier, 83 aujourd’hui dont les 4/5 sont des messages personnels, essentiellement de soutien.
Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai réussi à tous les lire. Tant d’attention et d’amour me touche énormément. Je ne pensais pas combien mon aventure pouvait mobiliser tant d’élans du cœur.
Je réalise aussi, tout doucement, par le fait que je suis arrivée au bout de mon rêve, que je suis devenue en quelque sorte un modèle, une personne capable de montrer le chemin qui conduit de l’impossible au possible… En quelque sorte, une nouvelle mission s’offre à moi, celle d’aider à mon toutes celles et tous ceux qui ont des projets « fous » mais combien sincères et profonds.
Je serais heureuse si une telle confiance m’était faite.
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Hier, j’ai accompagné Stéphanie à un examen de contrôle à la clinique du médecin. Un véritable bijou … Tout y est conçu pour fournir toute la sécurité nécessaire et tout le confort imaginable (C’est vraiment luxueux et de très bon goût). Deux chambres au premier étage permettent aux personnes qui viennent de subir de petites interventions de récupérer avant de regagner l’hôtel, un canapé-lit y est également disponible pour la personne accompagnante. De plus, le personnel - depuis le médecin jusqu’à la secrétaire - est prévenant, toujours à demander si tout va bien pour nous, toujours prêt à satisfaire nos besoins.
Quand je considère le coût total que ces deux interventions m’auront coûté, c’est ridiculement peu, vu la qualité et le suivi des soins, vu la générosité en petites fournitures pour les soins, vu le nombre de personnes mobilisées pour être à notre service… Je ne crois pas qu’un endroit de qualité égale existe dans toute l’Europe et toute l’Amérique, du moins à un tel prix…
J’étais convaincue bien avant de me faire opérer, que cette adresse était le meilleur choix au monde. Aujourd’hui, ma conviction repose sur l’expérience et n’en est que plus renforcée…
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Je dois revoir le médecin au cours de la semaine prochaine, le rendez-vous n’est pas encore fixé, j’ai demandé que ce ne soit pas mardi prochain, le temps de faire du shopping avec Stéphanie avant qu’elle ne reparte chez elle.
Il est très probable qu’une petite intervention sous anesthésie locale soit nécessaire afin de raccorder les petites et les grandes lèvres par leurs extrémités inférieures : Le Dr Chettawut est un perfectionniste et un amoureux de la beauté. Je serais alors confinée à la chambre quatre jours supplémentaires…
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Posté le 23.01.2007 par naimananda
Une des préoccupations les plus graves de mon entourage à mon sujet est bien cristallisée dans la question suivante :
« Quand IL sera opéré, sera-t-IL réellement mieux ou sera-ce encore pire qu’avant ? »
Il y a dans cette simple petite phrase plusieurs facettes intéressantes à considérer.
Premièrement, il est à noter la difficulté pour certaines personnes proches à accepter la réalité trans-identitaire qui est la mienne bien que je clame celle-ci depuis des années, exactement depuis décembre 1987, date à laquelle j’ai pu enfin mettre un nom sur ce que je vivais intérieurement !...
Deuxièmement, j’y vois la difficulté pour cet entourage d’intégrer la réalité quotidienne de la personne trans-identitaire, sa torture psychologique même aux moments les plus heureux de son existence. Certes, je conçois combien cela est déroutant pour toute personne d’entendre comme réponse à son contentement d’avoir passé une bonne journée avec moi :
« Oh oui, j’ai passé un bon moment avec toi, mais en même temps, je n’arrêtais pas de me dire : « Ah, si j’avais vécu ces mêmes instants en tant que femme, cela aurait été parfait ! »… Excuse-moi, mais je ne pourrai jamais être aussi satisfaite que toi-même, tu peux l’être… »
A ce propos me revient une remarque de mon psychiatre :
« Je ne souhaiterai jamais, même à mon pire ennemi, de vivre la torture que vivent au quotidien les personnes transsexuelles. C’est à mon avis, la pire qui soit… »
Troisièmement, il existe dans cette formulation l’attente d’un miracle à travers la chirurgie comme si celle-ci était capable, à elle seule, de me faire passer de la tristesse à la jubilation, d’un caractère profondément anxieux à une sérénité de tout instant.
Je relève là un comportement infantile chez cet entourage qui oublie que pour toute chose qu’on désire profondément, il y a toujours un prix à payer, un deuil à faire, souvent au niveau relationnel, aussi profonds les sentiments de part et d’autre auraient-ils pu paraître… Un de mes soignants, qui lui aussi avait eu à faire des choix décisifs, avait résumé cette situation de cette phrase cruelle mais combien réaliste :
« Quand on décide d’être soi-même, on laisse obligatoirement des cadavres derrière soi !... »
Non, ce n’est pas parce que je suis opérée, ce n’est pas parce que je me sens enfin en harmonie, que dans le même temps, j’ai réussi à faire le travail de deuil nécessaire et qu’intérieurement, j’ai accepté tous les bouleversements que cela implique dans ma prochaine vie…
N’est-il pas vrai que lorsque plusieurs actions sont à accomplir, il est rarissime qu’elles puissent l’être dans le même temps ?
Posté le 23.01.2007 par naimananda
Il fallait désormais que cicatrisation se fasse. Le régime sévère de l’hôpital était remplacé par celui quelque peu plus doux de l’hôtel : C’est ainsi qu’à plusieurs reprises, il m’a été rappelé de ne pas quitter la chambre avant le vendredi suivant…
Fatiguée comme je l’étais à mon arrivée, je trouvais cela des plus logiques. La façon dont je passais la première nuit renforça mon assentiment : Habituée à dormir sur le ventre, il m’avait été difficile de rester sur le dos et d’accepter la présence d’un coussin entre les jambes afin de conserver un angle d’ouverture suffisant, de sorte qu’à plus de 8 heures du matin, j’acceptais avec grand peine de déjeuner… Peu de temps après, je m’étais rapidement recouchée, décidée à ne rien faire du tout, si ce n’est me reposer, jusqu’à la visite de Nuch, un des trois infirmières qui travaillent au servi ce du Dr Chettawut.
C’est avec elle que j’apprenais le rythme quotidien de ces quelques prochains jours :
Soins infirmiers alternativement par Nuch, Tair ou Sri et espace pour toutes nos questions, massage des seins trois fois par jour pendant une demi-heure chaque fois, pratique de la dilatation vaginale deux fois par jour dont une fois sous son contrôle, puis « totale liberté » pour le reste de la journée dans l’espace confiné de notre chambre d’hôtel…
Lundi, je demandais un soutien-gorge car le plus grand que je possède, un 95C, théoriquement adapté à ma nouvelle taille, épouse mal la rondeur de mes seins. Sri en sortit un d’un de ses sacs, crème bordé de rose - ce ne sont pas mes couleurs préférées !... - appliqua les bonnets à chacun de mes seins avant de me demander de l’agrafer : Non seulement il m’allait bien mais je m’y sentais très confortable.
Une douche et un coup de peigne plus tard, je le renfilais, le recouvrais d’un chemisier fantaisie orange, enfilais un jupon chocolat puis prenais plaisir à déambuler ainsi dans la chambre, de m’appuyer au rebord de la fenêtre et à regarder au dehors quelque temps. Une façon de se projeter vendredi prochain…
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Comme je n’ai pas réussi jusqu’ici à dormir plus de deux à trois heures par nuit, la plus grande de mes activités dans cet « espace de liberté » est donc de me reposer le plus possible pendant la journée…
La seconde… Vous n’avez pas deviné ? Eh bien, puisque vous donnez votre langue au chat, c’est de passer du temps face au miroir à m’habituer à ma nouvelle anatomie intime ou face à la glace de la salle de bains à intégrer ma nouvelle silhouette, allégée de quelques uns des kilos pris sous Androcur et affirmée par l’augmentation significative de la poitrine. En effet, c’est une chose d’attendre la transformation physique, de l’imaginer et c’en est bien une autre que d’intégrer celle-ci dès qu’elle est réalisée car certains détails désirés manquent et d’autres inattendus, heureux ou malheureux, ont fait leur apparition… Ce qui m’impose un sincère travail de deuil de l’image idéalisée de mon « futur » corps, ceci afin d’accepter au plus vite la réalité et d’intégrer mes nouveaux paramètres… Non, à 58 « balais », je n’aurai pas la possibilité de vivre ce que vivent les transsexuelles opérées à un âge bien plus jeune. Non, certains traits masculins ne pourront jamais complètement disparaître, tels que ma carrure d’épaule ou la taille de mes pieds (43)… Pourtant certaines modifications m’étonnent et me procurent beaucoup de plaisir, comme la réduction de la masse musculaire des cuisses et plus encore des bras, comme l’affinement de mes mains qui n’ont plus l’air de paluches mais celui de mains d’une femme de mon âge.
Posté le 23.01.2007 par naimananda
Image de la ville depuis la chambre 808 de l’hôtel
Contenue entre les ridelles du lit, retenue d’une part par les drains qui s’échappent pour les uns des aisselles, pour les autres des aines et du néo-périnée et d’autre part par la sonde urinaire, ma liberté de mouvement fut pendant les quatre jours suivants très réduite.
Malgré tout, la position n’était pas réellement inconfortable, la rachianesthésie qui continuait d’agir depuis la pompe posée sur l’épaule droite m’assurait l’absence de toute douleur dans la zone opérée entre jambes. Restaient à gérer les douleurs générées par la mammoplastie et surtout celles induites par la nécessité de reposer sans cesse sur les fesses.
Je suivais le conseil de Dannie, j’appelais quand je me sentais plus capable de supporter plus longtemps, deux comprimés me permettaient alors de m’installer pendant quelques heures dans une tranquillité relative.
Je somnolais alors ou lisais un livre que j’avais pris suffisamment gros (600 pages) afin de ne pas céder au maléfice de la pendule accrochée au mur face à moi…Comme il était étrange chaque fois de constater que l’estimation que je faisais du temps qui passait me paraissait ô combien plus longue que ce qu’affirmait le cadran de cette satanée horloge.
Je passais une première journée relativement confortable, ne me ressentant en aucune façon de l’anesthésie de la veille.
Mais dès le lendemain, je connaissais un tout autre état, qui bien que j’en connaisse l’existence, je ne m’attendais pas à vivre. Mon ventre se mit en enfler, lentement mais de plus ostensiblement, de plus en plus douloureusement au point que je craignais un moment de déclarer un tableau d’occlusion intestinale aiguë… Heureusement, dans le même temps, j’avais observé que chaque fois que je buvais un verre d’eau, les intestins retrouvaient leur activité quelques minutes, ainsi après quelques instants de panique, avais-je pu écarter la pire des éventualités.
Il m’aurait alors fallu pouvoir me lever et marcher quelques centaines de mètres dans le service pour que tout se remette en ordre, mais là où j’en étais dans le processus post-opératoire, je ne pouvais que « prendre mon mal en patience », à savoir tenter de me démettre au mieux et demander des comprimés supplémentaires contre la douleur.
Enfin arriva vendredi 19 janvier, avec la certitude d’être transférée dans la soirée de l’hôpital à l’hôtel où je retrouverai mon amie libérée deux jours plus tôt. Quand un peu après 16 heures, l’arrivée du chirurgien me fut annoncée, j’accueillais avec plaisir le rituel du débranchement de tous les tuyaux par lesquels j’étais retenue… Puis vint le temps tant attendu, le film transparent recouvrant le nouveau sexe retiré, l’appréciation de la profondeur du néo-vagin…
« 15 centimètres, 15 centimètres et demi… Avec les exercices de dilatation, vous pourrez trouver une profondeur tout à fait normale et vous sentir pleinement femme… »
Je n’avais pas la force de me soulever pour embrasser le chirurgien, mais je crois que jamais je n’oublierai son sourire plein de bienveillance ainsi que celui de Nut, une de ses infirmières. Je pleurais de joie…
Après un dîner frugal - j’avais été incapable de faire honneur au repas subitement abondant qui m’était offert après ces quelques jours de diète hydrique - je quittais l’hôpital épuisée physiquement et nerveusement mais heureuse d’avoir passé l’épreuve. Conduite en chaise roulante jusqu’à la sortie de l’hôpital, je me glissais avec délices dans la voiture prêtée par le chirurgien. A ces premières heures de la nuit, la circulation était dense, j’en profitais de me remplir d’images de Bangkok, inconnue pour moi sous cet angle…